Layaz, le délicat

Je découvre ces jours derniers Michel Layaz.
Sans ma belle-fille, sans le Friendly Kitchen, sans le quartier niché derrière la Bastille, rien n’aurait été possible. Ses Deux filles (Éditions Zoé) est un vrai bijou. D’abord l’écriture: fluide, sensible, aux mots choisis avec délicatesse. Je me suis laissé entraîner par un récit a priori sans aspérité, une histoire simple qui ne dit pas son nom. Une histoire disons-le bobo parisienne… Et puis Layaz instille des doutes. À doses homéopathiques. Grace à son style ça infuse sans coups de sang. Et puis tout devient limpide. Il s’agit soudain d’une histoire compliquée que l’on croyait facile, futile. À l’image d’une génération – la mienne – qui a vécu des années frivoles, sans grandes difficultés. Je partage enfin avec l’auteur sa volonté de questionner les relations familiales. Aller au-delà des injonctions, des préjugés, des tendances, des regards de travers, de l’imposture. Le tout avec humilité. Avec une intelligence discrète.

Les « Pinceaux de feu » revivent

Mon livre sur le peintre Edgar Mabboux n’a pas dit son dernier mot. Après des mois de silence  » Les Pinceaux de Feu » (voir Mes Publications) était le centre de l’attention des membres de Mosaïques 50 et plus à la ferme Sarasin au Grand-Saconnex (GE). Il pleuvait dehors, le soleil brillait autour de la table du centre de loisirs. En quelques minutes les échanges ont fusé, chacun dégustant le récit de la vie de mon ami Edgar et quelques biscuits bienvenus. Pour moi, cette discussion à bâtons rompus m’a fait du bien, mon livre n’était plus destiné aux oubliettes des libraires. Il y avait une vie après l’échec d’une édition mal portée en 2022. Le livre est toujours à disposition.

SSR ou la chasse à courre

Août 2023 : dépôt des signatures de l’initiative devant le palais fédéral.

La chasse à la redevance est lancée depuis 10 ans. Une chasse à courre, à mort, sans merci. Les chasseurs ? L’UDC, les jeunes PLR, l’USAM (les patrons). Les chiens de la meute ? Tous les pisse-froids helvétiques anti service public, une masse informe sans visage qui vomit sans vergogne sur les programmes de la SSR. Je parle ici de simplets ou des lambdas qui ne savent même pas comment se fabrique de la télévision ou de la radio; et en quatre langues. Oui – parce qu’il faut bien le rappeler – la Suisse c’est quatre communautés linguistiques qui méritent toutes un peu de service public. De l’information en premier lieu, mais aussi des magazines d’actualité, de consommation, des émissions politiques, des grands débats de société, de la culture, du sport, des plates-formes gratuites sur internet dédiées à tous les programmes, documentaires et films, sans oublier des archives ouvertes à tous. La SSR, un outil incroyable au service de la population. Un outil démocratique génial qui permet aux citoyens de réfléchir.

Et c’est là où le bât blesse : permettre aux citoyens de réfléchir. On le sait depuis longtemps (pour moi depuis 1992 et le refus de l’EEE, ce rapprochement réfléchi avec l’Union européenne), l’UDC n’aime pas les gens qui réfléchissent. La droite nationaliste suisse veut des citoyens aux ordres. Les jeunes PLR et leur soutien à l’initiative « 200 francs ça suffit » est plus hypocrite. Depuis la création de la Suisse moderne, les radicaux et les libéraux ont toujours milité pour des citoyens responsables et donc réfléchis. Pour les PLR en culottes courtes, l’avenir semble être dans tous les canaux contemporains de diffusion de contenus, sauf ceux de la SSR. Drôle de liberté… Quant aux patrons de l’USAM, ouvrir leur porte-monnaie pour autre chose que leurs bénéfices est une hérésie. Rien de surprenant de ce côté-ci.

Quelques chiffres pour le dessert. Jusqu’en 2015, la redevance radio-TV était de 462 francs par année, puis de 450 francs jusqu’en 2019, de 365 francs depuis 2021, et de 335 francs actuellement. Soit une baisse de près de 30% en dix ans. J’ai connu ces années de serrage des budgets, j’étais journaliste à la RTS, j’ai donc vu de l’intérieur les efforts faits, j’ai même subi un licenciement en 2020 pour « raisons économiques. » Peu importe. Aujourd’hui il est urgent de dire stop aux fossoyeurs du service public. Il est essentiel de militer pour un État fort qui cultive le coeur du projet démocratique : s’occuper de l’ensemble de la population et refuser de s’agenouiller devant les minorités blindées de moyens sonnants et trébuchants.

VOTONS DEUX FOIS NON ! Non à l’initiative « 200 francs ça suffit. » Et non au contre-projet du Conseil fédéral (une redevance à 300 francs).

Un rapt made in America

Maduro et madame embastillés, bientôt jugés, pourquoi pas exécutés. Ce n’est pas mon propos. Je reviens sur le travail journalistique en continu. Depuis des heures, mes collègues usent et abusent du terme exfiltration pour caractériser le rapt de Nicolás Maduro. Exfiltrer signifie : faire sortir quelqu’un d’un lieu où il se trouve en danger. Le président vénézuélien devrait donc être soulagé de s’approcher d’une geôle new-yorkaise, selon les journalistes moutons pressés… Rapt est le terme idoine, puisque des soldats américains se sont emparés illégalement du président vénézuélien. C’est un enlèvement, point barre ! Je n’aime pas Maduro, Trump et ses cowboys non plus. J’aime la langue précise. Surtout dans de telles circonstances.

BB phoques en pleurs

Brigitte Bardot retrouve Franz Weber, là-bas, quelque part, au loin, au pays des animaux maltraités ou tués. Elle s’est éteinte cette nuit à l’âge de 91 ans, six ans après Franz Weber qui était également parti à 91 ans. Plus qu’un symbole, un signe.

BB avait largué le grand écran depuis presque 50 ans . Elle avait alors trouvé « l’homme de sa vie… » pour engager son vrai combat, la protection des animaux brutalisés. J’ai aimé Et Dieu créa la femme, j’ai préféré BB se battre contre les moulins à vent canadiens, pour les bébés phoques. Good job BB et Franz !

Aujourd’hui la France perd un patrimoine national, c’est Serge Toubiana, critique cinématographique, qui le dit. Pour moi, Brigitte rejoint le paradis des blanchons, les bébés phoques de mon enfance.

Délicieux Follett

Je n’ai jamais lu Follett. Pour moi Ken reste le petit ami de Barbie. Alors quoi ? Ken Follett je l’entends sur France Culture ce mercredi 24 décembre dans les Matins de Guillaume Erner. Et j’ai adoré. La simplicité du bonhomme, ses rires inattendus, son amour de la France, son accent nonchalant, sa manière de travailler, d’écrire. Il a vendu des millions de livres de par le monde, et je m’en tape. Aujourd’hui, Ken Follett est mon cadeau de Noël ! Peut-être irai-je acheter son dernier-né, Le Cercle des Jours. Ça parle de Stonehenge. Un lieu que j’avais adoré. Ce jour-là, il pleuvait des seilles, le vent nous couchait sur les cailloux, les menhirs ne bougeaient pas, j’étais amoureux.

Un peu de Shoah sous le sapin

Je lis avec surprise que des élèves romands sont allés à Auschwitz-Birkenau ces jours derniers (Le Matin Dimanche du 22 novembre). Une initiative de la Cicad, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation. Cent huitante mômes, des adolescents et des jeunes adultes, dans le plus monstrueux camp d’extermination de la furie nazie. Je trouve l’opération salutaire. Évidemment on va me dire que – un aller-retour Genève-Cracovie dans la journée – c’est du voyeurisme à deux balles, on va aussi m’asséner que le bilan carbone de cette journée est insupportable. Certes. On peut tout dire contre cette opération, cette leçon d’Histoire contemporaine. Cette Histoire-là, c’est notre Histoire. C’est l’Europe prise d’une convulsion nécrophile, c’est notre pays confronté à sa petitesse, c’est l’humanité réduite à la haine. C’est nous. Hier, aujourd’hui… demain ? Je suis allé à Auschwitz I et II (Birkenau). Je me suis dit que plus jamais je n’y retournerai. En lisant le papier du Matin Dimanche, j’ai remis au rebut ma sage décision. J’y retournerai s’il le faut avec des élèves, avec mes enfants, avec mes petits-enfants. S’il le faut, s’ils le demandent, s’ils me sollicitent. Devoir de mémoire, oui.

Les fêtes de fin d’année pointent leur nez dégoulinant de fric dans les grands et petits magasins, les boutiques et les marchés lumineux. Entre ces moments usants de Noël et de Nouvel An, il y a depuis 80 ans, le 27 janvier et la libération des camps d’Auschwitz I et II et l’ouverture le 20 novembre de la même année du procès des dignitaires nazis à Nuremberg. Deux fêtes (on dit commémorations en termes choisis) pour enserrer nos fêtes de l’oubli que l’on dit ou que l’on veut joyeuses.

Pensez donc à offrir Le Crépuscule des hommes d’Alfred de Montesquiou chez Robert Laffont et ou proposer un pèlerinage à Oswiecim à ceux que vous aimez. Des cadeaux de l’âme sous le sapin.

La seconde mort du petit Bazin

Vipère au poing, je devais avoir quatorze ans, quinze peut-être, un livre de poche avec Alice Sapritch sur la couverture. Je l’ai déménagé je ne sais pas combien de fois ce bouquin coincé parmi d’autres de mes bibliothèques. Je n’avais rien contre ma propre mère, mais la virulence de Bazin m’avait séduit, son histoire chaotique m’avait sidéré. Le style était vif. Je relisais régulièrement des passages. La suite m’a moins saisi, La mort du petit cheval et Le cri de la chouette. Le reste encore moins. Aujourd’hui je me sens trahi, manipulé rétroactivement. Le lecteur aime être manipulé, je suis un lecteur manipulable. Avec le livre récent d’Émilie Lanez – Folcoche chez Grasset – je suis catastrophé. Bazin a manipulé, a menti juste pour se venger et embellir sa sombre vie. Il a profité de sa notoriété pour interdire, pour menacer. Ce n’est plus de la manipulation, c’est de l’escroquerie. Au propre (jeunesse maquillée) et au figuré (notoriété intouchable). Je ne relirai plus jamais La Vipère et Hervé Bazin est mort il y a vingt-neuf ans. C’est mieux ainsi.

Bon sang Vallotton !

Quand j’étais môme Vallotton c’était des camions de transports, des camions verts il me semble. Aujourd’hui Vallotton c’est d’autres transports. C’est Félix et son oeuvre que je (re)découvre au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Deux heures de déambulation où le souffle me manque. Certaines peintures me touchent comme une première fois, avec les transports de l’émotion brute, d’autres me semblent connues, elles remontent à la surface des souvenirs sans filtre; c’est violent, c’est trouble, c’est magnifique. Les paysages m’ont subjugué : les bords de Loire (entre Orléans et l’Océan) que je retrouve différemment, la Seine (Les Andelys) en route sinueuse pour la Manche. Verdun m’a flingué. Et que dire des plages, des rivières, des forêts revues et sublimées par le peintre. Je pourrais en rajouter avec les gravures sur bois étonnantes, les nus intrigants, les dessins de presse délicieux et tout le reste que j’oublie et habite déjà mon être transporté. À voir et revoir jusqu’au 15 février 2026.

Les hyper-riches à la caisse !

Faire payer les super- et les hyper-riches jusqu’à 80% voire 90% de leurs revenus et de leurs fortunes, vous n’y pensez pas ! Même les plus pauvres n’oseraient pas le dire. Les malheureux méga-riches et leurs descendances devraient donc se serrer la ceinture ? Je vous propose un petit calcul. Avec une fortune d’un milliard de francs et un impôt progressif de 80%, cela donnerait un impôt de 800 millions de francs pour l’État. Il resterait dans la poche trouée du pauvre taxé, 200 millions de francs à disposition. Une paille. Ce calcul je l’ai fait après avoir lu le petit opuscule Ce que l’égalité veut dire, un entretien entre l’économiste Thomas Piketty et le philosophe Michael Sandel. Une lecture excitante, positive et roborative qui essaie de donner une porte de sortie digne et sociale aux problèmes financiers que nos politiciens dépeignent aujourd’hui comme insolubles sans une augmentation égale pour tous les citoyens, à commencer par les plus modestes. Ce qui me révulse le plus après cette lecture étayée, c’est que ces politiques indignes ont été grandement sinon totalement portées par des élus de gauche et de centre-gauche depuis les années 80, les années Reagan et Thatcher. Ce sont pourtant les Clinton, Obama, Schröder, Hollande et compagnie qui les ont conduites. Lisez et relisez ce petit livre apolitique et terriblement motivant ! Il n’est ni de gauche, ni de droite. Il donne à réfléchir dans un style accessible au plus grand nombre.